• Séverine REYNAUD

Capturer l'inestimable... Une Naissance !

Mis à jour : 20 déc. 2019


Si vous interrogez une photographe de grossesse et nouveau-né,

il est très probable que l’un de ses rêves soit de photographier un accouchement…


Je fais partie de ces photographes et dorénavant, ce rêve est devenu réalité !


Si vous souhaitez éviter le pavé ci-dessous, je vous invite à lancer la vidéo...


(moi qui n'écrit pas souvent et qui n'aime pas ça, j'ai ressenti le besoin de retranscrire le plus de choses possible sur cette expérience extraordinaire et unique)


Puis si l'envie vous prend de lire mon vécu par rapport à cette folle expérience,

n'hésitez pas à poursuivre la lecture...


Pourquoi rêver de photographier un accouchement ?


Je vois la Photographie comme le meilleur moyen de raconter les moments d’une vie, le meilleur moyen également de partager des souvenirs et de les conserver à travers les générations. La Grossesse est l’un de ces moments importants, les premiers jours d’un enfant aussi bien évidement…

Mais la Naissance… J’en ai des frissons rien que d’y penser ! C’est un moment unique et magique ! Le moment le plus extraordinaire de la vie… Pouvoir capturer ce moment-là en y retranscrivant toutes les émotions ressenties est simplement le plus beau cadeau que l’on puisse me faire en tant que photographe.

Toutefois les réactions sont mitigées lorsque j’aborde le sujet avec des couples de parents… Je dois avouer que la plupart du temps cela choque les personnes. Ces dernières ne conçoivent pas se faire photographier durant un moment aussi intime, ce que je peux comprendre. Celles qui sont emballées par l’idée sont souvent des mamans qui ont déjà eu un ou plusieurs enfants, qui savent déjà comment cela se passe (même si chaque accouchement est différent).

C’était le cas d’Audrey…

Audrey, une amie photographe du côté de Pertuis et maman d’une petite fille, m’a contacté un jour par téléphone pour m’annoncer qu’elle était enceinte de 2 mois et qu’elle souhaitait m’avoir comme photographe lors de son accouchement !

N’écrivant jamais de long roman car je ne suis pas douée pour cela (je préfère de loin m’exprimer à travers la photo), je ressens la nécessité de vous raconter dans les moindres détails l’avant, le pendant et l’après de cette expérience qui restera gravée à jamais dans mon coeur et dans ma mémoire.



L’Annonce


Lorsque Audrey m’annonce qu’elle aura besoin de moi dans environ 7 mois (le terme étant pour le 23 mai), je n’en crois pas mes oreilles… Bien entendu que j’accepte, que je suis terriblement touchée par sa demande, et déjà hyper en stress !

Mais il y a un Mais… et même deux…

Premier « Mais » : Il faut obtenir l’accord de la Maternité

Deuxième « Mais » : Il faut convaincre son mari qui n’est pas chaud chaud



L’Accord de la Maternité


Au départ, la maternité lui dit que c’est Ok pour qu’un photographe intervienne MAIS qu’il ne faut qu’une personne accompagnante à la fois… Donc si je suis dans la salle d’accouchement, son mari doit en sortir… Vous conviendrez que ce n’est pas envisageable. De mon côté, je dis à Audrey que je suis prête à venir rencontrer l’équipe de la Maternité et la Responsable afin que les sages-femmes puissent se rendre compte que je suis une personne discrète et professionnelle. Après quelques échanges, Audrey arrive finalement à avoir leur accord, d’une part car ce type d’intervention a déjà été fait dans cette maternité, d’autre part parce qu’elle garantit ma discrétion. Première victoire !



L’Accord du Papa


Je ne m’étalerai pas sur ce point mais il semblerait qu’une femme enceinte arrive souvent à ses fins…



L’attente et ses Attentes


Durant les mois de grossesse qui suivirent, Audrey et moi avons beaucoup échangé. Je prenais des nouvelles de sa grossesse bien entendu, et nous nous envoyions des exemples de reportage « Accouchement » que nous trouvions sur internet pour cibler ce qu’elle voulait que je prenne en photo.

Les reportages « Accouchements » sont plus répandus au Canada notamment, où il se font généralement à domicile. Sur certains reportages, « tout » est photographié… Audrey ne souhaitait pas que « tout » soit photographié… Mon but serait de capturer ce qu’il se passe en mettant en avant les émotions du moment tout en préservant son intimité.

Au départ, je trouvais le temps long… Pfiou ! 7 mois à attendre… puis plus que 6… puis 5, 4, 3, 2… Et à 2 le stress a commencé !



L’attente du Jour J


Depuis le départ, Audrey et moi sommes conscientes que je ne pourrai peut-être pas photographier la Naissance de son fils (eh oui, on a appris entre temps qu’il s’agissait d’un Garçon). Il y a plein de facteurs qui peuvent m’empêcher d’intervenir… En effet, il est possible qu’Audrey accouche trop rapidement ou qu’elle ne me prévienne pas assez vite (je suis à une heure de route de la Maternité de Pertuis).

Mais ce qui me fait le plus peur est de ne pas être disponible le jour J à l’heure H…

Je ne peux pas m’empêcher de vivre normalement, de sortir, d’être malade, d’avoir une panne de voiture, de ne pouvoir faire garder mon fils, d’avoir des séances photos impossibles à reporter, etc… Ajouter à cela que mon mari m’offre un week-end en amoureux pour mon anniversaire, pile un mois avant le terme, un week-end de pleine lune de surcroit…

Lorsque qu’Audrey a préparé sa valise de maternité, j’ai également préparé la mienne… Je tenais mon sac d’appareil photo constamment prêt, avec des cartes SD formatées et des batteries chargées. Un autre sac contenait de l’eau, deux boissons énergisantes, des biscuits, des vêtements de rechange (on ne sait jamais) et des dolipranes. De quoi tenir un siège pendant une bonne journée.

Chaque fois que je partais pour une séance photo ou que je faisais une soirée chez des amis, je prévenais Audrey de faire son possible pour ne pas accoucher (pendant la séance, le soir et lendemain matin de la soirée… si vous voyez ce que je veux dire). De la même manière, je lui disais les jours où tout était ok, que le top du top serait tel jour à telle heure…

Le petit bonhomme nous a fait croire qu’il allait naitre 2 à 3 semaines à l’avance… Alors j’étais que le Qui-vive en permanence, jour et nuit, 24h/24.

Mon téléphone portable était chargé à fond tout le temps et toujours à proximité de moi. Je craignais un appel en pleine nuit… Mais ce n’est pas arrivé.



Le jour J


Rolalalalala…. Je me souviendrai toujours de ce message d’Audrey… une photo plutôt… celle du relevé de ses contractions !!! Il était 16h, on était le vendredi 17 mai 2019 et je m’apprêtais à aller chercher mon fils à la sortie de l’école.

Audrey m’a dit qu’elle attendait son mari et qu’elle se rendait à la Maternité pour vérifier si c’était bien le travail qui avait commencé et qu’une fois que cela serait confirmé, je viendrai. Du coup, j’ai eu le temps de récupérer mon fils, de finaliser la préparation de mes affaires et d’organiser la garde de mon fils par mes parents au cas où mon mari n’arriverait pas à temps. A 18h, mon mari arrive de son travail et au même moment Audrey m’appelle et me donne le Top Départ ! Du coup, ben je file direct après avoir donné quelques consignes rapides à mon mari…

Je suis excitée mais j’ai peur de ne pas arriver à temps…

Une heure après j’arrive enfin devant la Maternité… Mais je ne trouve pas l’entrée ! Je pense que c’est le stress… Bon, je finit par trouver !

Lorsque je passe la porte « Zone de Salles d’accouchement » (ou un truc du genre), ça fait tout drôle… Je me languis de vite retrouver Audrey et son mari ! Et hop ! Au détour d’un couloir, je me retrouve face à Audrey !!! Elle n’a pas encore accouché ! Hourra !!!

Elle est sous monitoring… et passe très vite à l’étape « péridurale »… durant laquelle je resterai seule dans le couloir.

Puis nous allons en salle d’accouchement et je rencontre les sages-femmes qui vont nous accompagner ce soir… Elles sont au courant de ma présence et m’accueillent merveilleusement bien. J’en profite pour leur dire de ne rien changer par rapport à leurs habitudes, que je ne veux absolument pas perturber le déroulement de l’accouchement ni les gêner. La salle d’accouchement n’est pas immense mais ça va… En revanche, les murs sont verts… pas le top pour un bon rendu niveau photo, mais je n’ai pas apporté mon kit de peinture alors je vais devoir faire avec (d’ailleurs beaucoup de photos seront en noir et blanc… hi hi). La nuit commence déjà à tomber et les lumières à s’allumer. Les sages-femmes sont formidables avec moi car elles me demandent si c’est bon pour l’éclairage… Bien entendu, je réponds « oui oui, très bien, parfait, merci beaucoup » … Elles vont même jusqu’à me libérer une place en tête du lit à force de me voir me contorsionner ! Non vraiment, j’ai une chance inouïe de tomber sur des sages-femmes aussi sympas. Et Audrey aussi car elles s’occupent vraiment très bien d’elle et de son mari. Je photographie tout… Discrètement… Tranquillement… Bébé ne va pas arriver tout de suite…


Alors lorsque les sages-femmes sortent de la pièce, nous restons tous les 3. Au départ, je ne suis pas très à l’aise car je ne me sens pas à ma place comme vous pouvez peut-être vous l’imaginer. Alors à plusieurs reprises, je laisse nos futurs parents ensemble, puis je reviens plus tard avec l’entrée d’une sage-femme… Au bout d’un moment, ma présence ne me semble plus aussi bizarre et nous papotons tous les 3, de choses et d’autres, attendant que le travail avance…


Le moment tant attendu


A un moment donné, les choses s’accélèrent… Depuis le début de la soirée, je me demande à quel endroit je vais me placer pour photographier la naissance de ce bébé. J’avais prévu de me placer en tête du lit de manière à voir arriver le bébé de la même manière que la maman. Mais à ce moment-là, le papa se place contre Audrey mais de cette façon, je ne pourrai pas voir le bébé « sortir» … Alors comme il était hors de question que j’intervienne dans la façon où il devrait se placer, j’ai changé mes plans et je me suis placée sur le côté.

J'ai le coeur qui bat à 2000, j'ai l'impression de vivre quelque chose d'irréel... Audrey m'a chargée d'un rôle important, il faut que je sois à la hauteur, il ne faut pas que je me laisse submerger par mes émotions... pas encore... Audrey est une championne, elle gère vraiment super bien ! Les sages-femmes la félicitent… La tête est là !

Dans la mienne de tête, tout se bouscule… Suis-je bien positionnée ? Mes réglages sont-ils bons ? Ne rien rater, ne surtout pas se planter, ne pas montrer que je panique… Le temps est comme suspendu mais bizarrement tout va très vite… Je vois des petites mains… Puis ce sont celles d’Audrey qui attrape son fils et le pose contre elle, émerveillée et heureuse, avec le papa juste contre elle. Tous deux sont penchés par-dessus le petit garçon qui vient de naître... leur fils... et ils le contemplent avec énormément de tendresse.

Et finalement je suis contente de ce choix de ma position car lorsque bébé est né, j’ai pu photographier les expressions de ses parents... heureux comme jamais.

J'ai pleuré... Oui, cela ne vous étonnera peut-être pas... J'ai pleuré... De joie, de reconnaissance, de bonheur, d'être là, de voir un miracle s'être déroulé sous mes yeux... Ce sont ses premiers cris qui ont déclenché mes pleurs. Cela m'a forcément replongée dans mon propre accouchement, lequel ne s'est pas déroulé aussi bien. J'avais imaginé un accouchement parfait (comme celui d'Audrey pour Raphaël) mais je n'ai pas entendu les premiers cris de mon fils, je n'ai pas pu l'attraper, je n'ai pas eu de peau à peau. J'ai dû attendre 2 heures avant d'avoir de ses nouvelles et pour le voir enfin. Je vous rassure, tout va bien à présent, c'est un bonhomme en parfaite santé. Mais du coup, j'ai vécu à travers cette naissance, une naissance que j'aurai voulu vivre.



La première heure du reste de sa vie


Nous sommes tous sur un nuage... C'est dingue comme Raphaël se blottit de manière naturelle et instinctive contre sa maman. Au bout de 30 minutes environ, il se met à téter et restera ainsi plus d'une heure... Le papa s'assoupira un instant... Et je continuerai à photographier chaque instant jusqu’à ce que Raphaël soit pesé puis habillé et enfin remis aux bras de son papa.


Vous trouverez peut-être qu’il y a beaucoup de photos mais ce n’est rien par rapport au nombre de photos que j’ai remis à Audrey. J’ai tellement la certitude que chaque instant est précieux et que ces premiers instants le sont encore bien plus que je n’ai pu me résoudre à trier davantage les photos.


L’un de mes rêves est devenu réalité. Je ne sais pas si j’aurai un jour une nouvelle chance de photographier une naissance, de capturer des souvenirs inestimables… Mais si l’occasion se représentait, je serai de nouveau plus que partante !


Merci Audrey, Merci Germain, Merci Raphaël,

Merci à toutes les Sages-femmes de la Maternité de Pertuis !



Le témoignage d'Audrey


" Étant photographe d'instants de vie, les émotions, tout comme Séverine, sont quelques choses qui ont beaucoup d'importance pour moi. J'ai découvert le reportage accouchement lors de ma première grossesse et la saisie des premiers instants de vie du bébé était magique pour moi, un merveilleux souvenir que j'aurai bien aimé avoir mais je ne connaissais malheureusement pas de photographe dans la région à qui confier cela à l'époque . En continuant de voir les reportages accouchement d'une amie photographe d'Alsace, j'ai eu beaucoup de regret et j'espérais pouvoir le faire si un petit deuxième rejoignait la famille. Lorsque j'ai appris ma grossesse je savais d'avance que je voulais intégrer ce beau souvenir dans mon patrimoine photographique et j'ai souhaité confier cette mission à Séverine que j'avais appris à connaître ces dernières années. Pouvoir regarder les images de ce si beau moment qu'à été la venue de mon fils, ça n'a pas de prix. Séverine a su capturer en toute discrétion cet instant de bonheur, l'attente, la complicité avec le papa,les fous rires avec la sage femme et bien sûr la sortie de mon fils ou encore sa première tétée, chose qui me tenait très à cœur. Se faire photographier pendant un accouchement suscite souvent une réaction négative des personnes, qui ne comprennent pas que l'on puisse partager ce moment d'intimité avec un photographe. Pour moi, c'est un moment très fort de ma vie dont je suis fière et j'aurai le plaisir de pouvoir montrer les images à mon fils plus tard même avec mes 20kg en trop de rétention d'eau.  

J'avais spécifié à Séverine le fait que je ne souhaitais pas de photo de mon intimité, de la vue directe de la sortie du bébé comme on peut le voir aux usa et elle a su respecter mes envies. En fait ce qui compte avant tout c'est de bien choisir son photographe, avoir confiance en lui... Pour le reste vivez la découverte avec l'amour de votre vie et vous aurez un souvenir inestimable.

Merci encore infiniment Séverine "


© Créé par Séverine REYNAUD, votre photographe

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